Il y a une phrase que j’entends souvent en cabinet, dite presque à voix basse, comme un aveu : « Je suis fatiguée, mais je ne sais pas de quoi. »

Des femmes qui dorment et ne se réveillent pas reposées. Qui mangent correctement, bougent un peu, font « ce qu’il faut ». Et pourtant, quelque chose tourne au ralenti : une lourdeur diffuse, une récupération qui ne vient plus, sans qu’aucun examen ne montre quoi que ce soit de précis.

On met souvent ça sur le compte du stress, de l’âge, de la charge mentale. Et ce n’est pas faux. Mais parmi les pistes qui méritent d’être connues, il existe un phénomène physiologique bien réel, de plus en plus étudié et encore mal connu du grand public : l’inflammation chronique de bas grade.

Un mot sur le cadre de cet article, parce qu’il compte. Je ne suis pas médecin. Je ne pose pas de diagnostic et je ne traite aucune maladie. Ce texte est là pour comprendre un mécanisme, pas pour vous inquiéter ni pour vous vendre une solution miracle. Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, la première démarche reste toujours d’en parler à votre médecin.

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Comprendre : qu’est-ce que l’inflammation de bas grade, et pourquoi est-elle si discrète ?

Pour saisir ce dont on parle, il faut d’abord réhabiliter l’inflammation. On en parle presque toujours en mauvaise part, alors qu’à la base, c’est un mécanisme de survie remarquable.

L’inflammation normale : une amie, pas une ennemie

Quand vous vous coupez, quand un microbe entre, quand un tissu est abîmé, votre corps déclenche une réponse immédiate : afflux de sang, chaleur, rougeur, parfois douleur. C’est l’inflammation aiguë. Elle est vive, ciblée, et surtout temporaire. Une fois la menace écartée et le tissu réparé, elle s’éteint. C’est un feu qu’on allume pour cuire, puis qu’on couvre.

Comme le rappelle une revue publiée en 2023 dans le Journal of Endocrinology, l’inflammation fait partie de notre immunité innée. Elle ne sert pas seulement à défendre l’organisme contre les agressions : elle joue aussi un rôle clé dans l’entretien et la réparation des tissus. Autrement dit, sans inflammation, on ne survivrait pas.

Quand le feu ne s’éteint plus

Le problème n’est donc pas l’inflammation. C’est quand elle ne s’arrête plus.

Imaginez ce feu utile qui, au lieu d’être couvert une fois le repas cuit, continue de couver en permanence, à bas bruit, dans un coin de la maison. Pas de flammes visibles. Juste une braise qui ne s’éteint jamais tout à fait.

C’est ce qui se passe dans l’inflammation de bas grade. Une revue parue en janvier 2025 dans la revue Physiology le décrit clairement : lorsque le déclencheur persiste, ou lorsque le processus de « résolution » (le mécanisme qui éteint normalement l’inflammation) est défaillant, l’organisme bascule dans un état d’inflammation chronique de faible intensité. Pas d’infection, pas de blessure identifiable. Et pourtant, le système reste allumé.

Pourquoi on ne la sent pas

C’est là toute sa difficulté : elle est silencieuse. Pas de rougeur spectaculaire, pas de douleur qui vous cloue sur place, rien qui alerte franchement.

En arrière-plan, des messagers de l’inflammation agissent en sourdine :

  • les cytokines, comme l’interleukine-6 (IL-6) ou le TNF-α ;
  • la protéine C-réactive (CRP), un marqueur bien connu des analyses de sang.

Chez les personnes concernées, ces taux restent légèrement mais durablement élevés : trop peu pour donner des symptômes bruyants, suffisamment pour peser sur la durée.

Et ce terrain progresse à mesure que le mode de vie occidental se répand dans le monde.

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Ce que la recherche associe à ce terrain

La revue Physiology de 2025 souligne que cet état inflammatoire discret est fortement associé à plusieurs affections chroniques de plus en plus fréquentes :

  • l’obésité ;
  • les maladies cardiovasculaires ;
  • les maladies digestives ;
  • certains cancers.

La revue du Journal of Endocrinology détaille, de son côté, comment cette inflammation persistante s’installe dans les désordres métaboliques, en prenant l’exemple du couple obésité-diabète.

Il faut lire ces résultats avec précision : la science parle d’associations et de mécanismes, pas d’une fatalité individuelle. Avoir un terrain qui « couve » ne veut pas dire qu’on va développer telle ou telle maladie. Cela veut dire qu’il existe un phénomène de fond qui mérite qu’on s’y intéresse, et sur lequel on a des leviers. J’y reviens plus bas.

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Et la fatigue, dans tout ça ?

Revenons un instant à cette phrase du début. L’inflammation de bas grade est une piste parmi d’autres pour comprendre une fatigue qui s’installe, mais elle n’est pas la seule, loin de là.

Une fatigue persistante peut avoir de nombreuses causes, par exemple :

  • une carence en fer ;
  • un dérèglement de la thyroïde ;
  • un trouble du sommeil, comme l’apnée du sommeil ;
  • une dépression qui ne dit pas son nom ;
  • et bien d’autres encore, dont certaines se repèrent très simplement.

C’est pour cela que le premier réflexe reste d’en parler à votre médecin. Un bilan sanguin permet d’écarter ce qui doit l’être ; il peut aussi inclure une CRP ultrasensible, qui donne une indication sur ce terrain inflammatoire de fond. Ce n’est qu’une fois ces pistes explorées que le travail sur l’hygiène de vie prend tout son sens.

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Le lien avec la vie moderne : ce qui entretient ce terrain

Si cette inflammation de bas grade gagne du terrain, ce n’est pas un hasard. La recherche pointe assez clairement un ensemble de facteurs, et ils dessinent, mis bout à bout, le portrait d’une journée moderne ordinaire.

Le portrait-robot du mode de vie inflammatoire

La revue Physiology en dresse la liste :

  • une alimentation de faible qualité (produits ultra-transformés, graisses saturées, sucres raffinés) ;
  • une consommation excessive d’alcool ;
  • le stress chronique ;
  • le tabac ;
  • les troubles du sommeil ;
  • la sédentarité ;
  • l’exposition à certains polluants environnementaux.

Concrètement, c’est presque le résumé d’une semaine chargée en ville : des repas avalés vite et transformés, trop de temps assise, un sommeil grignoté par les deux bouts, un niveau de stress qui ne redescend jamais vraiment.

Une étude parue en 2024 dans Scientific Reports (groupe Nature) a d’ailleurs suivi près de 180 personnes en bonne santé pendant deux mois. Quand leur mode de vie se dégradait, leurs marqueurs inflammatoires s’élevaient en parallèle. Le terrain répond, dans un sens comme dans l’autre.

Le sommeil : un levier plus puissant qu’on ne le croit

De tous ces facteurs, il y en a un que je vois particulièrement négligé chez les femmes que je reçois : le sommeil. On le traite comme une variable d’ajustement, la première chose qu’on sacrifie quand la journée déborde.

Or les données sont éloquentes. Une vaste méta-analyse publiée en 2016 dans Biological Psychiatry a rassemblé 72 études et plus de 50 000 participants. Elle montre que les troubles du sommeil (sommeil de mauvaise qualité, insomnie) sont associés à des taux plus élevés de CRP et d’IL-6.

Autrement dit, ce n’est pas seulement une question de nombre d’heures : la qualité du sommeil compte au moins autant que sa durée. Un sommeil haché, pauvre en phases profondes et réparatrices, entretient lui aussi ce terrain.

Parmi les mécanismes évoqués, on retrouve le dérèglement du système nerveux autonome et de l’axe du stress (l’axe HPA), avec le cortisol, dont j’ai parlé dans [Le stress chronique, c’est aussi une histoire de corps](slug à vérifier). Et la relation semble fonctionner dans les deux sens : le mauvais sommeil nourrit l’inflammation, et l’inflammation peut à son tour dégrader le sommeil. Un cercle qui s’auto-entretient, et qu’il est donc précieux de désamorcer par un bout ou par l’autre.

Le stress chronique, et une nuance qui concerne particulièrement les femmes

L’autre grand facteur qui entretient ce feu, c’est le stress chronique. Pas le stress ponctuel, utile, celui qui vous fait réagir. Le stress de fond, celui qui ne s’arrête jamais et maintient le corps en état d’alerte permanent. Là encore, on retrouve le cortisol, l’axe HPA, ce système nerveux qui ne redescend plus : exactement le mécanisme que je décris si souvent en cabinet.

Il y a ici une nuance que je trouve importante de partager, même si elle doit être formulée avec prudence. Une revue parue en 2019 dans Current Psychiatry Reports s’est penchée sur les différences entre hommes et femmes. Dans plusieurs contextes, le lien entre stress, sommeil insuffisant et inflammation y apparaît plus marqué chez les femmes. Les auteurs invitent à la prudence, car encore trop peu d’études testent spécifiquement ces différences, mais le signal existe.

Il fait écho à ce que j’observe : des femmes qui portent beaucoup, longtemps, en silence, et dont le corps finit par le dire à sa manière.

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Les leviers : reprendre la main sur son terrain, en douceur

C’est la partie la plus encourageante, et c’est là que se joue mon métier : ce terrain inflammatoire est en grande partie modulable. Ce n’est pas une condamnation gravée dans le marbre. Les mêmes facteurs de mode de vie qui l’entretiennent peuvent, travaillés dans l’autre sens, l’apaiser. Et c’est précisément le champ d’action de l’hygiène de vie, donc de la naturopathie.

L’alimentation

C’est le levier le plus étudié. Une méta-analyse de 17 essais contrôlés (environ 2 300 participants), publiée en 2014 dans Nutrition, Metabolism & Cardiovascular Diseases, montre que le modèle alimentaire méditerranéen fait baisser des marqueurs inflammatoires comme la CRP et l’IL-6.

Concrètement, ce modèle, c’est :

  • beaucoup de légumes, de fruits, de légumineuses et de céréales complètes ;
  • de bonnes graisses comme l’huile d’olive et les oléagineux ;
  • du poisson, un peu de volaille ;
  • peu de viande rouge.

On retrouve aussi dans la littérature quelques familles de nutriments régulièrement citées : les oméga-3 (poissons gras), les polyphénols et antioxydants (fruits, légumes colorés, thé), les fibres qui nourrissent un microbiote intestinal équilibré. Rien de spectaculaire, rien de magique : une alimentation vivante, brute, peu transformée, régulière. Le contraire, en somme, du portrait inflammatoire décrit plus haut.

Il ne s’agit pas d’un régime, encore moins de restriction. Il s’agit de mieux nourrir son organisme, dans la durée, sans rigidité. Et il est essentiel d’individualiser l’alimentation, c’est-à-dire de l’adapter à chacun en fonction de sa capacité digestive, de ses besoins, de son histoire. Ce qui convient à une personne peut ne pas convenir à une autre. Si c’est la digestion elle-même qui coince, j’en parle dans Ventre gonflé le soir : ce qui se passe vraiment.

Le mouvement

L’activité physique régulière est documentée comme anti-inflammatoire. Une revue de 2025 publiée dans Current Issues in Molecular Biology le rappelle : bouger régulièrement contribue à réduire l’inflammation, notamment en agissant sur le tissu adipeux. Le muscle en activité libère aussi des molécules, les myokines, dont certaines ont un effet anti-inflammatoire.

Là encore, on est loin de la performance. On parle de mouvement régulier, intégré à la vie : marcher, bouger, ne pas rester assise huit heures d’affilée. Le corps est fait pour ça, et il le rend.

Le sommeil et le stress

On boucle la boucle. Puisqu’un sommeil de mauvaise qualité et le stress chronique entretiennent l’inflammation, restaurer des nuits réparatrices et abaisser la charge de stress font partie des leviers de fond :

  • se coucher à des horaires réguliers ;
  • retrouver des nuits qui réparent ;
  • créer des espaces où le système nerveux peut enfin redescendre.

Ce ne sont pas des détails de confort : ce sont des gestes qui touchent le terrain en profondeur.

La place de la naturopathie dans tout ça

Ces leviers (alimentation, mouvement, sommeil, gestion du stress) sont exactement le cœur de la naturopathie. Non pas comme des injonctions de plus à ajouter à une vie déjà pleine, mais comme un accompagnement.

Mon rôle, tel que je le conçois, est de vous aider à comprendre votre terrain et à mettre en place ces leviers, à votre rythme, dans votre réalité de vie. Par des questions d’abord, puis par des ajustements progressifs, tenables, qui vous ressemblent. Toujours en complément de votre suivi médical s’il y en a un, jamais en remplacement.

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Et les soins manuels ?

Une question revient souvent : et le drainage méthode Renata França, le Chi Nei Tsang, le travail manuel dans tout ça ?

Je ne vous dirai pas qu’un soin manuel « réduit l’inflammation ».

Vous le lirez peut-être ailleurs, notamment sur les réseaux sociaux. Mais ces affirmations reposent sur de petites études qui mesurent autre chose que le terrain dont parle cet article :

  • l’étude la plus citée (Science Translational Medicine, 2012) portait sur 11 jeunes hommes : 10 minutes de massage sur une jambe, après un effort intense jusqu’à l’épuisement, réduisaient certains signaux inflammatoires dans le muscle massé, sur quelques heures. C’est une inflammation locale et aiguë, pas une inflammation de fond ;
  • d’autres études sur le massage chez des adultes en bonne santé montrent des effets sur le système immunitaire, mais les résultats sont préliminaires, et parfois contradictoires selon la fréquence des séances.

À ma connaissance, aucune étude solide ne montre qu’un soin manuel fait baisser durablement les marqueurs de l’inflammation de bas grade.

Deux études préliminaires de la même équipe (Rapaport, 2010 et 2012) suggèrent en revanche qu’un massage peut modifier certains marqueurs du stress, comme le cortisol. Les résultats restent à confirmer, mais la piste est cohérente : le stress chronique est l’un des grands facteurs qui entretiennent ce feu silencieux.

C’est exactement ainsi que je conçois le soin : un temps de pause. Un moment où l’on pose tout, où l’on relâche une tension accumulée. Un espace où le système nerveux, justement, peut souffler un peu.

Le soin ne « soigne » pas le terrain inflammatoire. Il fait partie, aux côtés du sommeil, du mouvement et de l’assiette, d’une hygiène de vie où l’on réapprend à écouter son corps et à lui accorder des moments de vrai repos.

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En conclusion : un terrain, pas une fatalité

Revenons à cette femme du début, fatiguée « sans savoir de quoi ».

Ce feu silencieux n’est ni une maladie qu’on se diagnostique soi-même, ni une condamnation. C’est un terrain, un état de fond entretenu par la vie moderne, sur lequel on garde une vraie marge d’action.

Pas par un geste héroïque ni une cure express, mais par une accumulation de petits ajustements, dans la durée :

  • mieux manger ;
  • mieux dormir ;
  • bouger ;
  • faire redescendre la pression ;
  • ménager des temps où le corps se pose.

Ces ajustements tiennent mieux quand on est accompagnée, avec quelqu’un qui prend le temps de comprendre votre terrain à vous.

Si ces lignes résonnent avec ce que vous vivez, la première étape reste d’en parler à votre médecin, pour écarter ce qui doit l’être. Ensuite, s’il s’agit de travailler votre hygiène de vie en douceur, c’est là que mon travail commence, à travers une consultation de naturopathie. Une première séance permet de faire le point, à Paris 9 (métro Saint-Goerges) ou à Paris 11 (métro République). À bientôt.

En complément du suivi médical. Je ne pose pas de diagnostic et ne traite pas de pathologie.

Sources